Le son c’est comme le temps, c’est comme les gens, ça s’en va, ça disparaît.


C’était un matin de juin 2011 à Besançon, sur un terrain vague, aux abords de la Rhodiaceta, cette usine de textile fermée depuis une vingtaine d’année.
C’est ce jour là pour la première fois, que je me suis munis de l’attirail du preneur de son. Enregistreur, micro sur perche et casque sur les oreilles. À la recherche de sons, de bruits.
Je me souviens quelle était ma surprise de percevoir tout, autour de moi, avec autant d'acuité. J'étais à l'écoute. C’était comme si je redécouvrais le monde, un monde beaucoup plus sensible.
Autour du terrain vague, le Doubs d’un côté, de l’autre côté une colline sur laquelle sont perchées quelques maisons, et en face l’usine en friche.
Soudain, un aboiement très distinct. Bien que je ne sache réellement orienter le micro vers ce son, j’étais sûre d’avoir entendu un chien aboyer.
La même chose s’est produite quelques secondes plus tard. Je fis le tour de moi même, scrutant au loin… Aucune trace de ce chien.
J’attendais à nouveau qu’il se manifeste, mais rien. La seconde fois fût la dernière.
Ce jour là, l’aboiement qui me parvînt aux oreilles fût la seule trace, le seul indice tangible qui prouvait que ce chien était là, quelque part, autour de moi.
Mais cet indice ne devînt plus qu’un souvenir, je ne l’avais pas enregistré. Il ne restait donc rien. Rien qu’un souvenir et ce beau et vaste silence dans mes oreilles.
Je suis restée là, sur ce terrain vague, avec la frustration que me procurait l’idée de ne pas avoir récolté cette trace.
Et c'est là que tout commence.